Dessin et Peinture Passion n° 74
même les grands maîtres ont beaucoup à nous apprendre pour notre passion : par exemple, l’art tout simple de savoir s’arrêter à temps. Ne pas tout représenter ce que l’œil voit ou ce que la photo montre, mais se limiter à l’essentiel. Ce procédé stylistique fascinant du « non finito » (non fini), une invention de la Renaissance italienne, confère aux dessins un caractère libre et spontané. Comment est née cette évolution artistique ? Vous le découvrirez page 56.
Mais qu’est-ce que cela signifie pour nous ?
Tout d’abord : ne vous laissez pas emporter par votre élan créatif au point de surcharger votre dessin. Rien n’est plus frustrant que de réaliser après coup que l’œuvre avait plus de vie quelques instants plus tôt. Moins aurait été plus.
En cas de doute, soyez donc plutôt économe avec vos traits et vos couleurs. Pour cela, il est utile de commencer le motif dans son ensemble avec des tons clairs et de renforcer progressivement les contrastes. Ne travaillez pas les détails isolés dans un premier temps. Ainsi, vous distinguerez de mieux en mieux ce qui pourrait encore manquer et où. Laissez reposer votre dessin entre deux séances pour le contempler ensuite d’un œil neuf.
C’est bien ? Alors laissez bien ainsi !
Bien sûr, tout dépend du motif et du style choisi. Les dessins en particulier profitent souvent de simples suggestions. L’apparemment inachevé devient alors un véritable procédé artistique. Des lignes qui s’échappent librement ou des hachures qui s’estompent progressivement invitent le spectateur à participer en quelque sorte à l’œuvre et à compléter mentalement le motif. Les feuilles de bambou page 30 n’ont pas besoin d’être toutes finement travaillées, et les études de portraits page 44 paraissent également plus ouvertes et accessibles dans leur « non finito ».
